L’affabulisme est un concept de création partant du constat que l’Histoire est lacunaire, pleine de ce qui a été et vide de ce qui a oublié d’être. Ce qui a oublié d’être, c’est une multitude de possibles restés à l’état de possibles. Le travail affabulatoire consiste à les transformer en réalité tangible. Pour ça il faut d’abord pénétrer l’Histoire jusqu’au plus profond de ses soubassements, au plus intime de ses ovaires, l’engrosser et faire en sorte qu’elle accouche de ses oublis, de ses carences, de son incurie cachexique. Autrement dit l’affabulisme va bien plus loin que la maïeutique de Socrate, il s’agit d’accoucher l’Histoire non pas de ce qu’elle contient sans le savoir mais de ce qu’elle aurait pu contenir si elle était allée au bout de ses possibles. Cette tache est un vrai labeur et nécessite de se lever tôt, d’avoir un atelier bien outillé et surtout de manger souvent du poisson, c’est là que le cerveau trouve le phosphore dont il a besoin pour stimuler ses capacités imaginatives.

  
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Il y a au moins quatre façons d’envisager  et de dévisager  l’Etre dans ses modalités d’être se faisant :
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1) Le nécessaire: ce qui est, et qui ne pourrait pas ne pas être.
   - 2) Le contingent: ce qui est mais qui aurait pu ne pas être.
   - 3) Le possible: ce qui peut éventuellement être mais qui n’est pas, faute d’être amené à l’existence.
   - 4) L’affabulatoire: ce qui n’est pas, n’a jamais été, mais qui aurait pu être et qu’on peut amener à l’existence par un acte de création positivement délibéré.

   Le trio (nécessaire, contingent, possible) est là depuis que l’être est, c’est-à-dire depuis toujours. En revanche l’affabulatoire est d’invention récente puisque c’est moi qui l’ai jeté sur la scène êtrâle, bien décidé à faire exister ce qui a oublié d’être par inertie, paresse ou négligence du possible.
   Autrement dit l’affabulatoire se présente comme une ajouture à ce qui fut afin que ce qui aurait pu être soit, et que l’être déroulé (l’Histoire) trouve là, par étirement, injection et engrossement*, une optimalité d’expressions protubérales profitable à l’onirisme du vivier plébéien.

* Suivi de ce que l’on appelle «le délivre» et qui comprend trois phases:

 

 

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