Média-toc
Travail réalisé en 1999 et comptant 18 pièces originales
+ 1 graphisme et 3 ready made,

"Le traitement de l’information en 12 actes plus 1."

C’est l’histoire de deux mondes interdépendants: celui de ceux qui fabriquent l’information, et celui de ceux qui la consomment. Ceux qui la fabriquent ont avant tout le soucis de distiller un produit présenté comme indispensable et qui se vende bien, et au plus grand nombre. Non seulement l’information doit bien se vendre mais elle doit aussi rendre dépendant le consommateur, elle doit le gaver en permanence sans jamais le rassasier, tout en lui laissant croire qu’elle l’éclaire, alors qu’elle ne fait que le divertir, quand elle ne l’abrutit pas tout à fait.  Mais le vrai problème ne se situe peut-être pas à ce niveau. Qu’on soit sur-informé ou sous-informé, on est toujours mal informé. Non, le problème est de savoir comment se protéger de la grande cacophonie et de se ménager assez de silence pour la digestion. La digestion sera probablement l’un des plus grands problèmes du XXIe siècle. Entre abondance et disette.


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Le blutoir

Le blutoir entre en fonction aussitôt après le collectage des éléments informatifs. Le tamisage s'effectue sur quatre niveaux, chacun ne laissant filtrer que les produits recelant une valeur marchande: 
- 1e : valeur dérisoire
- 2e : valeur moyenne
- 3e : valeur considérable
- 4e : valeur première*

* La valeur marchande d'une information n'est pas fonction de son importance** (J. Rondot).
**L'importance d'une information s'évalue essentiellement d'après son pouvoir émotionnel: plus l'impact sur l' esprit (avide ou amorphe) du consommateur est fort, plus la demande est grande, laquelle est proportionnelle à sa commerciabilité. (A. Vuiton).

 


L'embriochoir

Le rôle de l'embriochoir est d' allonger et d'«engraisser»* le produit informatif de base tout en accentuant son attrait au moyen de quatre substrats optionnels** qui peuvent être ajoutés, séparément ou en bloc, selon les sujets et l'impact souhaité sur le consommateur.

* R. Pires, Le Menu ou la Carte, Plon, 1988.
**   - 1e : Exaltant.
-
2e : Poignant.
- 3e : Frissonnant.
- 4e : Attendrissant.

 

 

                                 L'édulcoreur

Alors que le biffoir a vocation pour gommer les pages jugées invendables, l'édulcoreur, au contraire, permet de ne rien retrancher mais d'adoucir considérablement tout ce qui pourrait rebuter l'appétit du consommateur*.

* «Il s'agit de doser les proportions de sucré, d'acide et d'aigre sans cesser de flatter le palais» (S. Komaroff).

 

 

 

 

Le mâcheur

Le mâcheur* accentue considérablement le pré-mâchage pour l'obtention d'un produit pré-pensé, pré-digéré et pré-chié s'ingérant aussi aisément que du petit lait.
 
 * L'idée de mâcher l'information est venue du constat d'un éleveur de bestiaux (A. Lagarde) qui avait remarqué que les vaches à qui on donnait de l'herbe et des céréales broyées assimilaient mieux et, tandis que le rythme de leur consommation alimentaire augmentait notablement, elles perdaient peu à peu leurs «facultés de discernement gustatif», ce qui permettait à la longue de leur faire avaler à peu près n'importe quoi à discrétion** (Rapporté par M. Séverac).

** Processus qui conduisit par la suite à rendre folles un grand nombre de vaches.

 

Le mixtionneur

Le mixtionneur est l'héritage direct d'un procédé qui apparaît au sein de l'Eglise Romaine dès le XIIIe siècle, au lendemain du concile présidé par le cardinal Robert de Courçon à Paris (1210), au cours duquel on condamne au feu les livres de métaphysique d'Aristote, avec défense de les transcrire ou de les lire sous peine d'excommunication. Désormais toute vérité ne pourra être divulguée que si elle intègre un pourcentage de mensonge, dans la proportion de 42 à 66% (barème pontifical fixé par le Pape Innocent III). D'où la fabrication d'appareils destinés à mélanger ensemble vérité et mensonge pour l’obtention  d’une substance homogène facilement assimilable par le peuple, avec pour but de le maintenir dans un état d'ignorance garantissant soumission et paix. C'est à partir de la seconde moitié du XIXe siècle que le monde journalistique s'est massivement doté de mixtionneurs adaptés à cette nouvelle corporation.


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La serinette

La serinette IP* combine deux fonctions qui se rejoignent et se confondent: intoxication et propagande. Son emploi est graduel selon les pays, les périodes et les régimes en place. Même si ses effets sont parfois quasi indécelables pour l'usager moyen, on use de la serinette IP toujours et partout, pour étayer ou réfuter toutes les causes: politiques, religieuses, philosophiques, publicitaires, etc., utilisant les mots, les sons et les images comme moyen de pénétration**.

* Intoxication, Propagande.
** La Serinette présentée ici est prévue pour une pénétration par voie anale.

 

Sur la déontologie des fabricants d’information:

«La vérité pure est comme l'oxygène: ça brûle».
Xavier Sotillo, Un Caméléon à Paris, Perspectives, 1990.

«Ce qui importe n'est pas le vrai mais ce qui va être vu et écouter, ou, si on préfère, ce qui va donner envie de voir et d'écouter».
Norbert Hachaguer, L'Appat du Grain, Presse de la Renaissance, 1989.

«Si vous leur dites la vérité, ils vont se réveiller... et ce n'est pas le meilleur service que vous puissiez rendre à la communauté».
F
red Le Gall, Ombres et Lumières, Prenian (Nantes) 1977.

«Vous ne devez jamais raisonner en terme de vérité et d'erreur, mais en terme d'efficacité. (...) D'ailleurs la vérité est un mythe, or on ne fait pas du bon journalisme avec des mythes».
Ouvrage cité p. 4.

«L'équation est simple:
1°Il y a les faits tels qu'ils sont (mais que nul ne peut appréhender avec sa subjectivité).
2° Il y a les faits tels que vous les voyez.
3° Et il y a les faits tels que vous devez les restituer si vous tenez à les vendre».
Flavien Ribas, L'Echo Buissonnier, l'Originel, 1981.

 

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