Histoire de judas


"Travail comptant 26 pièces originales + 4 graphismes et textes.
Réalisé de 1994 à 1998."



Le premier geste d’un affabuliste, quand il s’agit de créer un univers, est d’inventer un inventeur, lui donner un nom, un visage, le situer dans le temps, et lui confier la tâche d’inventer quelque chose qui n’ait jamais été inventé. Ainsi, Georges Planchet, une fois campé dans son existence, s’est mis à inventer le judas portatif. Il s'agit d'un objet permettant d’épier à travers un trou ce qui se passe de l’autre côté, quel que soit le lieu où on se trouve, en toute discrétion. Cette invention a eu une énorme vogue dans la seconde moitié du XIXe siècle. Des personnages comme Flaubert, Mérimée, Maupassant,  Daudet, Hugo ne sortaient jamais sans leur judas en bandoulière.


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Le judas portatif standard


Prototype du “judas portatif standard” réalisé en 1843 par Georges Planchet. Il n'en fabriqua d'abord que 6 exemplaires qui, faute d'acheteurs, échouèrent sur l'étal d'un camelot de la rue de Varenne. C'est là que l'un d'eux, marqué au prix de 2,75 frs, attira l'attention du duc de Montpensier, connu pour son goût des «raretés baroques en attente de résurrection». Le soir même, au cours d'une soirée chez Monsieur de Joinville, le duc exhiba son judas comme la «dernière de ses trouvailles», ce qui excita la curiosité «hystérique» de ces dames au point que toutes voulurent «essayer l'objet». Georges Planchet était loin de se douter que c'était à cet instant même que se décidait sa fortune.


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Le judas portatif nocturne


Le succès du judas standard, qui dans la seule année de 1844 frôla les deux mille exemplaires vendus, incita Georges Planchet à créer un autre modèle à usage essentiellement nocturne. Il le dota d'une lanterne dont l'étroit faisceau offrait aux noctambules la possibilité d'épier dans les recoins les plus obscurs du dédale parisien. Les cochers de fiacre attendant la sortie du public aux portes des théâtres en étaient les principaux inconditionnels, mais aussi toute une faune disparate de solitaires traînant aux abords des hôtels borgnes, notamment les prêtres en quête de quelque rincette pour l'oeil.

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Le judas portatif pour mélomane 
 

Il s'agit ici d'un modèle unique. Il fut commandé à Georges Planchet en 1850 par le compositeur autrichien Zeuder Wilheim en exil à Paris. Le célèbre musicien affirmait «fertiliser son lyrisme» en épiant les lavandières du Faubourg Saint-Antoine qui «entonnaient des mélopées pathétiques en se livrant à de singulières contorsions». C'est du reste en grattant les cordes de ce judas sonore, à la recherche de justes euphonies, qu'il composa Le Ballet des Nuits Orientales (1854) et La Rose de la Banquise (1860).

 

 

 


Le judas portatif pour couple 


C'est en célébrant le mariage de sa fille, en mai 1857, que Georges Planchet eut l'idée de créer un nouveau judas à l'intention des couples. Il fut décidé que ce modèle allait être constitué par deux judas reliés entre eux au moyen d'une charnière de cuir, s'ouvrant et se fermant à la manière d'un livre. Lucile (l'épouse de Planchet), qui jamais n'intervenait lorsqu'il s'agissait d'élaborer les croquis, souhaita cette fois apporter sa touche: afin de symboliser l'amour conjugal elle suggéra, à bon escient, que «donner la forme d'un coeur aux deux volets serait assurément du plus bel effet». Peut-être ce détail fut-il à l'origine du succès qui accompagna la carrière de ce judas, car non seulement il séduisit les époux mais aussi les amants et maîtresses, les frères et soeurs et bien d'autres duo désireux de partager ensemble une même passion.  C'est en raison de son «travail visant à l'union et à la communion des hommes et des femmes dans une tâche partagée» que Planchet reçu la Croix de Saint Félix des mains même de l'archevêque de Clairvaillant (1861).

 

 

 

Le trou de serrure de voyage

Outre le Judas portatif, Georges Planchet inventa le Marteau à frapper d’impuissance, les Pinces à saisir l’occasion et le Trou de Serrure de Voyage. Ce dernier, sorti en 1856, permettait aux voyeurs sans logis de lorgner en «tout lieu et toute circonstance comme à travers le vrai trou de serrure d'une vraie porte».


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