COMITÉS DE SOUTIEN À L'AFFABULOSCOPE

 Au vu des deux dernières actualités de l’Affabuloscope (en ligne) ici et pour ceux qui auraient manqué les deux premiers épisodes), on pourrait croire que tout le monde, dans le pays, s’est ligué contre nous (”nous”, on est trois: le Signe de la Vulve, l’Affabu et Bibi).
  Non, pas tout le monde.
  Dès que l’information de ce commencement de lynchage a circulé, des personnes sont spontanément venues nous manifester leur soutien. Le premier à débarquer: Philippe Frechet, le big boss de la PUPAL (Petite université Populaire de l’Arize-Lèze). Derrière sa barbe de philosophe il s’est présenté comme “le petit fils de Pierre Bayle”. Ça voulait dire qu’il était très remonté contre l’acte de censure qui venait de s’abattre sur l’Affabuloscope et qu’il comptait bien ne pas laisser prise au retour de l’obscurantisme. Aussitôt il s’est occupé de monter un comité de soutien avec quelques uns de Rue des Arts, au Carla Bayle, et d’autres. Rédaction d’un texte de protestation, contacts tout azimut, il s’est démené comme un beau diable. Jean Feix, éditorialiste au Patriote, lui a emboîté le pas avec la fougue qu’on lui connaît. Tandis que Patrick Mignard battait son tam tam du côté de Toulouse.
  Ce qui fait qu’en trois semaines l’affaire était sur la place: de Toulouse, l’information est remontée en droite ligne jusqu’à la Ligue des Droits de l’Homme, à Paris, et de là elles s’est diffusée vers plusieurs média qui s’en sont fait l’écho (Libération, France 3, France Inter, le Parisien, la Dépêche... - voir liens en fin de page). Je dois aussi parler de tous ces messages d’amis et d’anonymes que j’ai reçu et qui furent comme de l’eau fraîche sur le visage d’un boxeur dans les cordes.

Lettre de protestation de Philippe Frechet (relayée par Libération):

 
«Monsieur le Président de l’Office de Tourisme Arize-Lèze,
Nous venons d’apprendre, avec consternation, que vous aviez pris la terrible décision de ne plus assurer, dorénavant, la promotion de l'Affabuloscope, ce lieu plein d’art, d’imaginaire, d’humour, d’intelligence et de poésie, installé au Mas d’Azil. Sous la pression, avons-nous cru comprendre, de certains visiteurs, qui se seraient «indignés » de la présence de « signes gravés sur différents lieux de fréquentation tels que les chemins de randonnées » et face à certaines publications à caractère prétendument « pornographique » présentes sur son site Internet ainsi qu'à la teneur et aux thèmes de certaines de ses expositions. Il semble qu’en outre, et pour les mêmes raisons, la Communauté de Commune de l'Arize, en accord avec les élus locaux, supprime l’annonce des activités de l’Affabuloscope du guide Arize Animations 2011. Et pour couronner le tout, comme si ce n’était pas suffisant, l’Agence de Développement du Tourisme, en accord avec les élus, vous emboîte le pas. Cela fait beaucoup de monde et cette unanimité, cet accord en bloc sans qu’il y ait débat sur la question, nous stupéfie d’autant plus qu’il semble que personne, au sein de votre Conseil d’Administration, n’ait été consulté ni averti, mais mis devant le fait accompli une fois la besogne exécutée.


 Vous êtes pleinement conscient, sans doute, du fait que boycotter ainsi un établissement artistique le voue, à plus ou moins longue échéance, à la mort, puisque ce lieu ne vit que par ses visiteurs et n'est, d'aucune façon, subventionné.
Nous ne doutons pas non plus que vous soyiez conscient également de l’atteinte aux libertés publiques que constitue une telle décision... Et de tout ce que représente philosophiquement, éthiquement parlant, une décision de ce type : même si vous vous en défendez dans la presse, il s’agit bien d’une censure, au pire sens du terme, avec des résonances étranges d’époques que nous croyions révolues (l’Inquisition, l’intolérance, les diverses « chasses aux sorcières » qu’a hélas connues l’Histoire, et autres vieux restes de pudibonderie de toute espèce et de tous bords).
  Par ailleurs, les personnes qui ont pris une telle décision ont-elles bien réfléchi à l’utilisation, éminemment délicate et dangereuse à manipuler, du terme «pornographique»? Qui, et au nom de quoi, peut-on se permettre de décréter que telle œuvre est pornographique, que telle autre ne l’est pas? Même ceux qui font profession d’être experts en la matière ne cessent de se disputer entre eux, et c’est normal puisque personne ne peut définir avec exactitude où ça commence et où s’arrête. Pour notre part nous n’avons rien vu dans l’oeuvre de Claudius qui puisse être taxé de pornographique. Quand même il y en aurait que ça ne justifie pas une mise à l’index venant d’une autorité non qualifiée pour en juger. Nous pensons que les visiteurs doivent garder une totale liberté de regard sur les choses. Ils sont libres ensuite de porter les jugements que ça leur inspire.
  Notre stupéfaction est allée crescendo lorsque nous avons eu connaissance des propos diffamatoires (”pervers sexuel”) de votre directrice, Sabrina Canonigo, à l’encontre de Claudius de Cap Blanc. Verser dans un tel registre nous attriste et nous inquiète car nous doutons des capacités de votre collaboratrice à occuper le poste que vous lui avez confié. Son rôle, mais aussi le vôtre, est de valoriser les atouts culturels de notre pays, il n’est pas d’en insulter gravement les acteurs ni d’en salir le travail.
 Nous, artistes, intellectuels, citoyens, contribuables, électeurs (etc.), nous nous élevons vigoureusement contre la décision que venez de prendre, et vous demandons instamment de bien vouloir la réviser très rapidement. Il nous semble que le rôle d’un Office de Tourisme est bien plutôt d’aider les gens, les visiteurs, la population, à aborder avec un regard différent, intelligent, positif, ce lieu qui en vaut la peine, qui est le travail d’un artiste, dont peut-être dans le futur vous serez les premiers à vous vanter. Rappelez-vous Van Gogh, Rimbaud, tous les artistes « maudits », pourchassés, méprisés de leur vivant, encensés ensuite... ! Un artiste ne peut travailler hors d’une pleine et entière liberté d’expression. Un nombre suffisamment important d’hommes et de femmes sont morts afin d'obtenir ce droit pour que l’on revienne là-dessus ! Au pays natal de Pierre Bayle, encore moins que nulle part ailleurs.
  Vous remerciant de l’attention que vous voudrez bien porter à notre inquiétude, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre considération attristée.»


  Cette lettre, sous forme de pétition, circule actuellement dans le département et vient d’être mis en ligne où vous êtes invités à la signer:
http://www.petitionduweb.com/Le_lynchage_de_l_Affabuloscope-9248.html

On retrouve cette pétition sur le Site de l'Affabuloscope:
" Pétition contre le lynchage de l'Affabuloscope "
   Les mesures effectuées hier sous abri montrent un léger fléchissement dans la position adoptée par le couple que forment Sabrina Canonigo et Jean-Marc Pouech (couple qui est en train d’accéder à une célébrité qu’il n’a peut-être pas souhaité - voir ce lien dans (
La vie de Galère ), tandis qu’à la Communauté de Commune et son directeur, Hervé Barthe, c’est silence radio. Les élus locaux, qui ont avalisé les décisions ceusureuses, vaquent à leurs occupations comme si de rien n’était. Quant à Bernard Piquemal, Président de l’ADT et son directeur, Philippe Jugie, ils n’ont même pas jugé poli de me notifier qu’ils m’avaient effacé de leurs tablettes départementales. Alors que nous sommes officiellement liés par un contrat. (Je reviendrai là-dessus en temps utile).
  Ce qu’on peut constater pour l’instant c’est qu’il y a d’un côté des Instances ceusureuses et de l’autre des gens comme vous et moi prêts à se mobiliser - et qui se mobilisent - pour qu’on ne touche pas à la liberté d’expression et de monstration. L’histoire montre que dans ce genre de confrontation c’est toujours la liberté qui finit par l’emporter. Tôt ou tard.
  «La censure a perdu tous ceux qui ont voulu s'en servir» (Chateaubriand, 1768 -1848).

  Je voudrais revenir un instant sur les Comités de soutien.
Leurs membres ne sont pas précisément des “amis de Claudius” (je n’avais jamais vu Frechet de ma vie), ce sont pour la plupart des gens qui veulent défendre des valeurs, réagir contre l’autocratie, contre l’intolérance, contre tout ce qui veut entraver la libre expression, contre les jugements moraux et les procédures inquisitoriales.
 Ce qui se remarque aussi, et je le déplore, c’est qu’il y a des gens qui souhaiteraient prendre position, notamment des artistes, mais qui ne l’ose: les subventions qu’ils leur sont allouées pour faire leurs expositions viennent de ceux qui s’acharnent contre l’Affabuloscope. “On ne peut pas servir Dieu et Mamon”, comme disait le Nazaréen. C’est compliqué d’avoir un pied dans les deux camps. Ce que je déplore c’est qu’il ait aujourd’hui des artistes ligotés. Des artistes qui ne sont pas libres et qui ne doivent cette posture qu’à eux-mêmes.
  Dernière minutes: un comité de soutien est en train de se mettre en place dans le Couserans (on y reviendra dans une prochaine actu).
  Terminons par du rafraîchissant: il y a au Mas d’Azil, près de la grotte, un atelier où travaillent deux potières: Marie Desbrosses et Laurence Thomas. Elles ont écrit une lettre à Jean-Marc Pouech en exprimant le fond de leur pensée. Dans ce village de 1117 habitants, ils ne sont qu’une poignée qu’on peut compter sur les doigts d’une main à avoir ouvert la bouche, et c’est rafraîchissant parce que c’est ici que s’exprime la liberté dont il était question cinq lignes plus haut.
   (...)
 
«En tant qu'adhérentes de ce même office, nous souhaitons par cette présente lettre vous manifester notre étonnement et notre interrogation quant à cette décision, motivée semble-t-il par une vidéo présente sur le site internet de l'Affabuloscope et que vous qualifiez de « pornographique », terme  qui nous semble discutable.
  Mais surtout, nous voulons exprimer notre incompréhension et notre déception sur le fait que vous n'ayez jamais fait part à Claudius de la situation, semble-t-il ingérable pour vous et que vous l'ayez radié sans discussion ni avertissement, au démarrage de la saison touristique.
  Nous sentons un certain découragement face à ce manque de dialogue et de concertation et pensons que nous sommes tous (acteurs touristiques et économiques de notre territoire et vous y compris) perdants aujourd'hui dans cette situation.» 


 Quand elles ont posté leur lettre quelqu’un leur a lancé: “Vous le regretterez!”
(On sait qu'il y a toujours quelques possibilités de représailles en suspend pour ceux qui ouvrent la bouche alors qu’il drait de règle de la boucler.)
  Nous vivons dans une micro-société où une poignée d’autocrates sont aux manettes. Si on veut bénéficier de leur faveurs, si on ne veut pas avoir d’ennuis, il faut se tenir à carreau. Sinon...
  Pour ma part je vous le confie en aparté (gardez-le pour vous), je n’ai “jamais ôté mon chapeau devant personne”. (Mais je suis capable de me” faire tout’petit” devant un Signe qui me raconte la Vie).
  Le pouvoir, d’où qu’il vienne et quel qu’il soit, ne m’a jamais impressionné. Il n’existe «que par le seul consentement de ceux sur lesquels il s’exerce.» (M. Onfray).

Bien à vous.

 “Petite pluie abat grand vent”. (Tchouang Tseu).
Une petite pluie commence à tomber sur le territoire.
La pluie, ça mouille:

- Lien vers l’article de
Libé et la pétition de Philippe Frechet :
- Lien vers Hallocoton:
http://www.hellocoton.fr/le-signe-de-la-vulve-de-claudius-de-cap-blanc-2604929
- Article de Jean Feix paru dans Le Patriote et relayée par plusieurs médias dont Bellaciao:
http://bellaciao.org/fr/spip.php?article116464
- Re-alter monde (à propos du tourisme "faimillal en Ariège":
http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article16548

- Voir aussi Quartier libre de Caroline Cartier du 27 avril sur France Inter.
- JT de France 3 du 26 avril:
http://info.francetelevisions.fr/video-info/index-fr.php?id-categorie=JOURNAUX_LES_EDITIONS_REGIONALES_MIDI_PYRENEES_1920
- La Dépêche du 28 avril:
http://www.ladepeche.fr/article/2011/05/02/1072279-Mas-d-Azil-l-Office-du-tourisme-repond-aux-propos-de-Claudius-de-Cap-Blanc.html

- Pour sourire: http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article16557
- Le Parisien du 28 avril, rubrique “Une histoire en France”. (Ne paraît pas en ligne).

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