POUSSIÈRES DE ROCHE

  Depuis sa réaparition après quelques milliers d'années d'absence, le signe de la vulve a suscité bien des polémiques, attaques en règles et autres censures de la part des autochtones. Face à tant de jugements lapidaires et d'incompréhension, il serait peut-être temps de commencer à lui donner la parole autrement que par sa seule présence sur le terrain.

Sélection de deux courriers d'internautes très représentatifs des questions posées sur la présence du signe de la vulve en milieu naturel:

- De Brittany Penarbed:
  (...)
Les pierres déposées ne posent aucun problème: ceux qu'elles dérangent peuvent les enlever, c'est un geste qui ne dégrade rien. Les gravures altèrent l'état de la roche: il importe peu de savoir qu'il y a des gens qui sont agréablement surpris, et d'autres désagréablement. Ce qui importe, c'est que l'état de la montagne en est changé selon votre bon plaisir, ce qui va à l'encontre du droit des autres personnes à ne pas partager votre passion.
Que d'autres organismes, à commencer par EDF, modifient l'état de la montagne ne change rien au débat, et à votre responsabilité personnelle. Les personnes qui dégradent l'environnement sont responsables de leurs actes, et peuvent avoir à en répondre, mais cela n'ajoute rien à notre discussion. Ce n'est pas parce qu'il y a des marées noires que je m'autorise à déverser de l'huile de moteur dans un champ.
En ce qui concerne la dimension symbolique, de même qu'il y a des gens qui peuvent vouer un culte à la fécondité, il y en a d'autres pour qui la montagne est un espace investi d'une signification personnelle ou religieuse. Ils ne demandent rien, mais en gravant des signes sur les parois, vous heurtez leurs convictions qui sont aussi respectables que les vôtres, alors qu'ils n'imposent pas leurs croyances aux autres.
D'un point de vue pratique, il est contre-productif de heurter les gens qui seraient susceptibles de soutenir votre action: je crois comprendre que je ne suis pas le seul à protester contre les gravures, alors que le dépôt temporaire de pierres suscite la sympathie, parce que c'est une proposition offerte au regard, non un acte définitif imposé au regard comme les gravures.
Il me semble que si vous acceptiez de revoir votre point de vue en ce qui concerne la gravure définitive, pour privilégier ce qui relève de la performance, comme cela existe dans le domaine théâtral, vous seriez en position de force pour négocier avec vos interlocuteurs culturels.
J'espère que ces remarques seront utiles pour faire avancer le débat.

- De Lucien Lotis:
je suis un montagnard amoureux de nos Pyrénnées Ariegoises .
Le balisage organisée par des signes codifiés ,les cairns représentent un symbole...
Actuellement vos signes sur les chemins  dénature notre environnement...(faite une galerie et afficher ce qui mon vous plaise )
Peut etre a ce voir sur un chemin....:!

a une chose encore  vous dites de  L'art ....................Grave...
 
(Je ne me suis pas cru autorisé à intervenir sur l’orthographe et la syntaxe).
 Ce que je peux vous dire:

  1) Doit-on déplorer que la roche ait été “altérée” de tout temps par les hommes?
Selon le préhistorien italien Emmanuel Anati, il existe 45 millions de peintures et gravures rupestres sur des rochers et dans des grottes, sur 170 000 sites de 160 pays dans le monde. (Voir le World Archive of Rock Art, banque de données mondiale sur l'art rupestre). Cette forme d'expression rupestre occupe une part majeure dans ce qu’on appelle couramment “l'art préhistorique”. Sa pratique est restée continue jusqu'à nos jours. Elle n'est pas le fruit d'une ethnie ou d'une culture particulière, mais s'est répandue dans le monde suivant une distribution universelle.
  Mais restons dans le domaine de la gravure, et laissons de côté celui de la peinture. 

 

 2) Les gravures sur roche, ou pétroglyphes (du grec petros -  pour pierre  - et glyphein pour gravure) se rencontrent depuis au moins 45 000 ans, mais leur plus forte concentration se situe entre le Paléolithique supérieur (-15 000) et la fin du Néolithique (- 5 000). Les symboles figurés passent pour être la pré-écriture utilisée par l’homme (avant d’être remplacé par des systèmes d'écriture plus avancés utilisant des pictogrammes et des idéogrammes). Certaines sociétés primitives ont utilisé les pétroglyphes plus longtemps, parfois même jusqu'à leur contact avec la civilisation occidentale au XXe siècle. Des pétroglyphes ont été trouvés sur tous les continents excepté l'Antarctique avec les plus grandes concentrations en Afrique, Scandinavie, Sibérie, Amérique du Nord et Australie.

  3) Bien avant l’invention du papier, avant le papyrus, avant les tablettes d’argile, le premier support utilisé par l’homme pour “écrire” ou dessiner les premiers rudiments de symbole est LA ROCHE. 
  Et la roche, même après le DVD, restera encore, dans l’avenir, un support d’expression.

  4) Si on poursuit notre survol rapide, en jetant un oeil sur des périodes plus récentes, on voit qu’aux alentours de 400 ap. J.-C., en Afghanistan, dans la vallée de Bâmiyân, à 2500 m d’altitude, (230 km au nord de Kaboul) des hommes se sont employés à “altérer” la roche d’une immense paroi en sculptant un haut relief représentant deux monumentaux bouddhas (53 mètres de haut).
  Quinze siècles plus tard, en mars 2001, pour altérer encore davantage cette roche pourtant devenue sanctuaire bouddhique (classé au Patrimoine Mondial de l'UNESCO), les Talibans, sur ordre du Mollah Omar, l’ont détruite à coups d’explosif et de tir d’artillerie, alléguant que ces idoles étaient "non-islamiques” et que "les Musulmans devaient éprouver de la fierté à la destruction d’idoles” parce que c’était un “acte de louange à Dieu". Cette destruction, au-delà de l’altération de la roche, provoqua, on le sait, une vive émotion dans le monde entier.



   Avançons. En 1927, aux États Unis, un sculpteur nommé Gutzon Borglum (et avec lui 400 ouvriers armés de marteaux piqueurs) entreprit d’altérer la roche de l’imposant Mont Rushmore en y sculptant les portraits (hauts de 18 mètres) de quatre ex-présidents des States: George Washington,Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt et Abraham Lincoln. L’oeuvre dévastatrice fut achevée en 1941, suscitant force réprobation chez les amérindiens pour qui cette colline était sacrée. Bien qu’il y ait aujourd’hui 2 millions de visiteurs annuels pour venir s’extasier devant cette “very big altération” de roche, la polémique avec les “indigènes” n’est pas éteinte. 

  On pourrait comme ça parcourir les époques et la planète et on ne cesserait d’y voir l’empreinte de l’homme et de son burin frappant la roche, dans un irrésistible besoin d’expression.  Et, derrière l’épaule de ce graveur invétéré, il y a toujours la perception que s’en fera chaque “regardeur”. Les uns ne sauront voir là qu’altération et saccage, d’autres y liront une histoire venue du fond des âges qui raconte quelque chose de la vie, tandis que d’autres encore, attachés à la symbolique, seront heurtés dans leurs convictions morales, philosophiques ou religieuses (mais s’en arrangeront comme chacun s’arrange plus ou moins de voir plantées des croix christiques dans les villages et sur les promontoires rocheux). Enfin il y a aussi ceux qu’insupporte la vue de ces symboles - et de ce qu’ils représentent -, et qui s’emploieront à les effacer, au burin ou à la dynamite.

  5) On ne va pas ici s’occuper de juger si ces perceptions et les comportements qu’elles engendrent (aussi bien à l’égard des graveurs, des grognons que des effaceurs) sont respectables ou non: elles sont. Elles existent. Elles s’expriment. On doit faire avec.
  Pour ma part je ne me situe pas dans la cohorte de ceux qui voient une quelconque altération de la roche dans la gravure des signes. Car si tel était le cas, et pour rester logique, je devrais condamner toute la lignée des graveurs depuis 45 000 ans. Et ces graveurs là, tous autant qu’ils sont, je les révère parce que je les comprends. Je les comprends parce que je me suis exercé à leurs gestes. Je les comprends parce que leurs motivations, même si elles restent parfois indécryptables, sont parentes des miennes. Je partage avec eux quelque chose de l’humain qui n’appartient qu’à l’humain: exprimer par des signes quelque chose du mystère humain. Fonder un langage. L’écrire sur la roche. “Comprendre” ce qu’il tente de nous dire. 

 6) Et dans le même mouvement je comprends les visions pessimistes qui voient altération là où d’autres voient art rupestre: les hommes, par leur présence, par leurs activités - du simple fait de rouler en voiture jusqu’à celui de jeter des bombes du haut du ciel - altèrent la planète entière (mais si les dégâts qu’ils font à tous les niveaux s’arrêtaient à la gravure, la planète garderait un large sourire (vertical?) au lieu de gémir comme une moribonde. (Je crois qu’on doit ce mot:  “sourire vertical” - allusion à la vulve - à Paul Éluard. Permettez-moi ce conseil: lorsque vous croiserez dans la montagne ce signe en forme de sourire vertical, souriez-lui au lieu de lui faire les gros yeux!...).

 7) Il y a au Mas d’Azil - mais pas qu’au Mas d’Azil - des gens qui, avec leur burin, ont effacé des signes gravés par moi dans la roche. Je n’ai pas connaissance des raisons qui les ont poussé à cette action. Est-ce les traces de mon travail qu’ils ont voulu effacer? Ou le symbole que ce travail cherche à mettre en évidence? Le fait est qu’ils ont pris la liberté (qui leur appartient) de faire valoir à leur façon qu’ils ne partageaient pas mon action, comme le fit valoir en d’autres lieux le mollah Omar à l’intention des “idoles bouddhiques”.
  Mon travail ne consiste pas à porter des jugements sur ces réactions, il consiste à en faire le constat, car c’est là qu’il se situe précisément: entre l’objet montré et le regard qui le perçoit; la manière dont il le perçoit et ce qu’il en fait.
  Au fond, moi qui grave, eux qui effacent, nous partageons au moins ceci: nous nous exprimons comme des humains. Et nous utilisons le même burin, acier chinois distribué par Mr. Bricolage. Au-delà de ce constat terriblement froid, je laisse à chacun le soin d’en faire ce qu’il veut selon ce qu’il est.

 8) Bref résumé de mon travail depuis trois ans et demi: emprunter au Paléolithique un signe - symbole - dont il avait été l’inventeur. Un signe qui pour lui symbolisait la Femme dans ses aspects féminins: de son ventre coule la vie; de ses seins, le lait nourricier; de sa présence, la première des raisons d’être.
  Ce signe, je l’ai fait réapparaître ostensiblement pour le mettre face au regard contemporain, et observer ce que ce regard allait en faire. Comment allait-il le percevoir? Qu’y verrait-t-il? Quelles allaient être ses réactions? En fait, mon plan était de projeter du Féminin à la face de 60 siècles de patriarcat, et voir dans quelle mesure cette opération peut susciter quelque déplacement dans le regard de l’homme sur la femme, et dans le regard de la femme sur elle-même. 

 9) Ce que nous savons de l’homme du Paléolithique, à travers les représentations pariétales qu’il nous a laissé, montre que le regard qu’il portait sur la femme était différent du nôtre: l’amplitude de ce regard allait plus loin puisqu’il semble qu’il ait fait de la femme une sorte de déesse dont il célébrait les pouvoirs pour lui magiques: la femme faisait sortir de son corps à la fois l’enfant et le lait nourricier qui allait nourrir cet enfant. En elle résidait tout le pouvoir de la vie (il s’agissait d’une réalité mais perçue telle,  comprise par le moyen des croyances, mais on sait qu’une croyance est vérité pour celui qui croit). (Voir les Vénus du Paléolithique)
  Voilà pourquoi le Féminin était au centre des micro sociétés d’avant la Révolution Néolithique. Aujourd’hui, et depuis 6 ou 7 mille ans, le regard de l’homme sur la femme a vidé celle-ci de son contenu pour ne garder que la surface, les lignes d’un corps objet de consommation courante. “Sois belle, sexuellement disponible, fais-nous des petits qui prendront la relève, et laisse-nous la direction du monde et de ses affaires”. En un mot le regard porté par l’homme sur la femme s’est appauvri, s'est rétréci, s'est dévalorisé. Ca vient de loin. C’est religieux et culturel. Et ancré dans des habitudes et des traditions patriarcales dont on trouve les première traces écrites dans la Bible: Dieu crée l’homme, et lui cherche une “aide” en faisant venir à lui tous les animaux de la création. Aucuns de ceux-ci ne conviennent. Alors Dieu finit par tirer la femme d’une “côte” d’Adam. (Genèse: 2, 18-24). Ce récit développe une idée qui ne va pas cesser de se conforter par la suite dans et hors de la culture judéo-chrétienne: la femme a été faite pour l’homme. Elle ne s’appartient pas, elle est un instrument de l’homme pour l’homme. Même si aujourd’hui beaucoup de femmes se sont plus ou moins libérées de cette position “instrumentalisée”, elles n’en gardent pas moins cette vieille image collée à la peau (parce que collée à la rétine de l’homme). Et je ne parle pas de l’immense majorité des autres femmes qui dans le monde sont encore dans une position de confinement, voilées, recluses, sous domination masculine (et traitées comme des choses).
  (Pour elles j’ai crée un signe nouveau: le signe de la vulve ailée. Il exprime un désir de libération, un envol vers la reconnaissance. La vulve ailée c’est la femme libre et perçue telle par l’homme - car si l’homme n’y met pas du sien, la femme ne pourra jamais accéder à cette liberté - on ne peut pas être libre seul).

  10) Mon travail serait-il féministe? Je ne crois pas. En tout cas pas au sens où l’on entend généralement ce terme. Je ne veux qu’interpeller le regard de l’homme pour l’amener à s’interroger sur le regard qu’il porte sur la Femme et le Féminin. Il ne s’agit pas de convertir mais d’aiguillonner. Le signe ne dit pas “tu dois” ou “il faut”, il n’est pas une banderole militante avec des points d’exclamations revendicateurs; le signe suggère le féminin, il est en quelque sorte une porte d’entrée, un accès possible à une vision du féminin qui hausse la femme au lieu de l’abaisser. Qui rende à la femme la féminité issue de sa nature, et non pas celle qu’on veut lui voir arboré pour notre bon plaisir.

  11) Certes, je m’attaque à un gros morceau dont je découvre tous les jours des aspects nouveaux qui élargissent sans cesse le champ et en complexifient la lecture, et vos critiques, même les moins pertinentes, sont finalement des jalons, des générateurs d’extensions sans lesquels le travail souffrirait de cachexie. 

  12) Il me semble habiter le même monde que vous, être imprégné de la même culture judéo-chrétienne, mais en gravant ce signe, j’ai approché l’homme ancien qui le gravait pareillement; j’ai capté quelque chose des émotions fossiles qui l’habitaient, et me suis laissé pénétrer du regard que lui-même portait sur la femme, et ce regard n’est pas celui du patriarcat, ce regard n’est pas celui d’aujourd’hui, ce regard montre la femme dans la plénitude sont identité de femme, il montre la femme totale.

  13) Les politiques nous ont récemment pondu des quotas pour tenter d’équilibrer socialement le masculin et le féminin. Mais les quotas ne transforment pas les regards. Les quotas, c’est juste un moyen de faire montre d’un soucis d’équité dont on sait qu’il n’est ni sincère ni convaincant. Les habitudes machistes demeurent. (Il a fallu mille ans au christianisme pour admettre que la femme était dotée d’une âme. Et depuis mille ans, seule une minorité de femmes a pu prétendre à l’égalité de droit et de traitement avec l’homme. Mais la bataille des droits n’est pas mon terrain - d’autres s’en occupent. Mon terrain c’est le regard).
  J’entretiens cette croyance qu’un univers peut changer si on change le regard porté sur lui.

  14) Mon travail ne “relève [pas] de la performance, comme cela existe dans le domaine théâtral, et je ne cherche pas à être “en position de force pour négocier avec [mes] interlocuteurs culturels”. Je suis engagé dans une expérience qui m’interpelle au plus profond et qui, parce qu’elle est interventionniste dans le milieu naturel et humain, interpelle la société.
  (Un travail qui n’interpellerait que moi ne serait pas un travail, ce serait juste un amusement, un divertissement, un bricolage du dimanche après midi. Or, je ne suis pas dans de ce registre. Je me pose en déplaceur de regard. Faire bouger la matière qui est derrière la rétine. Déranger les perceptions établies. Susciter du mouvement dans les concrétions figées du cortex masculin. Même si ce n’est qu’infinitésimalement - et en ce sens je ne suis pas un artiste, je suis un oeuvrier).

  15) Le caractère pérenne des signes vulvaires gravés par moi sur la roche est un sujet d’inquiétude pour certains. C’est vrai que beaucoup de ces signes seront encore visibles dans mille ans. Ça tombe bien, c’est le temps que j’estime nécessaire pour que la femme retrouve la position qui doit être la sienne, dans le regard de l’homme et dans la société, partout dans le monde (mais j’espère que ça arrivera avant!).

  16) Au fond, et pour résumer, le problème qui nous occupe est un problème de regard: chacun voit ce que lui montre son regard. Ici un tel voit de l’art rupestre où l’autre ne voit qu’altération de roche. Un troisième jugera profanatoire ce qui paraîtra célébration à un quatrième. Un cinquième ne verra qu’un sexe de femme là où un sixième appréhendera l’origine du monde... Non pas qu’il faille se préserver de la diversité des regards (richesse s’il en est), non, je ne souhaite ici qu’indiquer la ligne qu’emprunte mon action pétroglyphienne.

 17) Y aurait-il un “droit naturel” de graver la roche? Un droit comme celui que se sont octroyés des milliers d’hommes depuis 45 000 ans? Ce droit s’arrêterait-il à une période de l’histoire? Il n’aurait plus court aujourd’hui? Il ne serait délivré que par une “instance légitimante”? Son non respect relèverait des tribunaux?
  C’était l’année dernière dans l’Auzatois. Un matin clair. J’étais en train de graver un signe sur la paroi d’une roche granitique qui se trouve être un site d’escalade, et où des dizaines de pitons sont plantés. Surgissent deux hommes bardés de cordes, de mousquetons cliquetants et de velcros fluo de bas en haut. L’un d’eux, le sourcil froncé, m’affronte sans préambule:
  - Vous avez une autorisation pour faire ça?
  Je n’ai pas répondu toute de suite. Je me suis levé pour que nos regards soient au même niveau.
  - Non, ai-je répondu, j’en ai deux. L’une de Monsieur Cromagnon et l’autre de moi-même. Vous voulez les voir? Et de lui tendre le document que je porte en permanence dans la poche intérieure gauche de ma Quetchua made in Décathlon:

  18) Qu’il soit convenu que je ne veux convertir personne.
Mais je veux interpeller tout le monde.
Avec, en toile de fond, quelques préoccupations prophylactiques...

  19) La perception de ce travail est attachée à sa contemporanéité. Si une équipe d’archéologues réussissait à vous convaincre à tous que ces signes sont l’oeuvre des hommes du paléolithique, qu’ils ont 30 000 ans, alors votre regard changerait immédiatement. Il ne serait plus question d’altération de roche mais d’art rupestre que vous admireriez dans le recueillement comme quand vous allez à Lacaux ou à Chauvet. Mais voilà, il ne peut s’agir d’art rupestre puisque c’est un petit artiste de cinquième zone qui en est l’auteur. Ce ne sont pas mes explications qui changeront le regard porté sur ces signes, c’est le temps.
  Si on lui en donne le temps.

  Additif N°1:
  Leroi Gourhan et Georges Bataille, chacun dans leur domaine, ont abordé ce geste de l’homme qui grave la roche, en tentant de relier les deux bouts de l’acte: le cerveau et la main. Le cerveau qui “fabrique” des symboles, la main qui les inscrits sur le roc. À moins que ce ne soit la main qui s’exerce à graver et le cerveau qui donne sens après coup? Les préhistoriens continuent à travailler là-dessus.
  L’homo érectus se fait sapiens non pas seulement par l’augmentation du volume de sa boîte crânienne, mais par l’usage qu’il fait de sa main; sa main qui utilise un outil pour écrire son histoire, donner du sens à cette vie, au monde qui l’entoure, à l’origine et à la fin des choses. La main qui pousse l’intelligence, et non plus l’intelligence qui guide la main. Qu’importe (le sujet est en perpétuelle discussion). Ce geste de graver la pierre est un geste fondateur. Il crée l’homme. Il fonde l’humanité. 

  Additif N°2: (qui mériterait de longs développements mais on y reviendra).
 Dans Le Deuxième Sexe, Simone de Beauvoir écrit: “On ne naît pas femme, on le devient”. Sans entrer dans un débat sémantique, je dirais que pour moi c’est tout le contraire. Chaque femme naît femme, avec toutes ses potentialités de femme, mais aussitôt l’éducation commencée, au sein d’une culture patriarcale qui s’emploi a structurer une image réductrice de la femme et à lui assigner une place et des fonctions déterminées par l’homme, la femme cesse d’être femme, elle est contrainte d’entrer dans le moule que l’homme lui tend dès sa venue au monde. Et tout le travail de la femme, aujourd’hui, est de reconquérir sa réalité de femme, étouffée dès la naissance. Jusqu’à présent, du moins depuis l’instauration des systèmes patriarcaux, la femme naît femme, et cesse de l’être ensuite, pour devenir ce que l’homme veut qu’elle soit et que résume un verset de la Bible: “La femme a été faite pour l’homme”. Je propose une approche où la femme pourrait naître femme et continuer à le devenir dans le plein épanouissement de sa nature et de son identité féminine.

  Pour prolonger la réflexion sur “la main de l’homme qui grave la roche, d’Aurignac au Mas d’Azil”, voici quelques ouvrages recommandés:
De Marcel Otte:
- Préhistoire des religions, Paris, Masson, 1993.
- Arts préhistoriques,Bruxelles, De Boeck, 2005. Préface de Jean Clottes.
- Arts protohistoriques, Bruxelles, De Boeck, 2007. Préface de Jean Guilaine.
- Vers la préhistoire, Bruxelles, De Boeck, 2007.
- Les hommes de Lascaux, Paris, Armand Colin, 2009.
 De Emmanuel Anati:
- Aux origines de l'art - 50 000 ans d'art préhistorique et tribal, Fayard, 2003.
- Les Origines de l'art et la formation de l'esprit humain, Albin Michel.

De Leroi-Gourhan:
- L'Homme et la matière, Paris, Albin Michel, 1943. 
- Le Geste et la Parole, 1. : Technique et langage, 2. : La Mémoire et les Rythmes, Paris, Albin Michel, 1964-1965.
- Préhistoire de l'art occidental, Paris, Mazenod, 1965.
- Les Racines du monde : entretiens, Paris, Belfond, 1982.
- Le Fil du temps : ethnologie et préhistoire, Paris, Fayard, 1983.
- L'Art pariétal : langage de la préhistoire, Grenoble, Jérôme Millon, 1992.

D’Esther Harding:
 Les Mystères de la femme, (préface de C.G. Jung), Payot, 1953.

De Claudius de Cap Blanc:
- La femme à naître, La pâte-à-histoire, 2008. 
- Le Féminin et la rétine du mâle, La pâte-à-histoire, 2008.
- Archéologie du regard: mettre au jour le féminin, La pâte-à-histoire, 2009.
- Trois milliards de vulves à l’ombre des siècles, La pâte-à-histoire, 2010.
- “Une certaine idée de la femme”, La pâte-à-histoire, 2010.

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